Environnement

OGM : les plantes contre-attaquent

Amarante de Palmer

Aux Etats-Unis, depuis 1994, de nombreux états ont fortement développé la culture transgénique de coton, maïs et soja. Hors les états qui ont le plus fortement utilisé ces cultures OGM font face depuis plusieurs mois à une plante mutante redoutable : l’amarante de Palmer (Amaranthus Palmeri). Cette plante a développé une improbable – mais bien réelle – résistance au Roundup, le désherbant total, produit phare de Monsanto.  L’amarante de Palmer peut atteindre deux mètres quarante et pousser de 5 centimètres par jour. Elle résiste aux moissonneuses-batteuses, aux fortes chaleurs et à absolument tous les traitements. Les fermiers les plus modernes du monde doivent revenir à des outils d’un autre âge, la houe et la pelle, pour déloger l’amarante qui prolifère rapidement.

L'Amarante de Palmer

L’Amarante de Palmer, la plante qui tient de échec le Roundup de Monsanto

Les années de gloire du Roundup

Pour ces agriculteurs, la démarche était simple jusqu’à lors. Tout d’abord acheter des semences OGM Roundup Ready à Monsanto, le plus grand producteur de semences génétiquement modifiées (OGM) de la planète. Ces semences de coton, maïs et soja ont été génétiquement modifiées en ce sens qu’elles resistent au Roundup, le désherbant total également vendu par Monsanto. Pour l’agriculteur c’est alors très simple ; une fois ces semences plantées, il n’a plus qu’à pulvériser joyeusement l’herbicide ; toutes les plantes crèvent alors sauf la plantation de l’agriculteur.

Magique non ? Pour Monsanto, magique sans aucun doute, étant donné que la société touche sur les deux tableaux : semences et désherbant. Pour la pollution des nappes phréatiques, pour la santé des agriculteurs et pour l’impact sur la biodiversité dont la large contribution au syndrome de disparition des abeilles, c’est une autre affaire …

Mais Darwin nous enseigna l’évolution …

Comme nous l’a enseigné Darwin, une fois de plus la sélection naturelle a joué son rôle. A force d’appliquer le glyphosate (c’est le nom du désherbant total commercialement appelé RoundUp) sur des monocultures, des souches résistantes de plantes dîtes indésirables ont été sélectionnées par le processus naturel. Dans la population initiale, certains individus étaient naturellement résistants ; ils se sont multipliés.

L'Amarante de Palmer

L’Amarante de Palmer. Credit photo : Rebekah D. Wallace, Bugwood.org

Ce mécanisme de résistance au glyphosate a déjà été confirmé chez 16 espèces de « mauvaises » herbes. Le mécanisme de résistance mis en évidence chez l’amaranthe de Palmer s’apparente à celui déjà observé chez certaines familles de moustiques face à certains  insecticides.

… et l’amarante de Palmer prolifère

L’amarante de Palmer  surnommée pigweed (l’herbe à cochon) prolifère maintenant dans de nombreux états. La plante peut pousser de 5 centimètres par jour et atteindre plus de 2 mètres de haut. Il arrive que ses racines cassent les moissonneuses. Chaque femelle produit des dizaines de milliers de graines ; la capacité de l’amarante à se développer est impressionante.

L'Amarante de Palmer. Il arrive que ses racines cassent les moissonneuses.

L’Amarante de Palmer. Il arrive que ses racines cassent les moissonneuses. Credit photo : Joseph LaForest, University of Georgia, Bugwood.org

Dans l’Arkansas, l’explosion a eu lieu cette année. Les agriculteurs ont été pris par surprise. «On se disait que ça pouvait arriver, mais pas autant, pas aussi vite», témoigne West Higgins devant l’un de ses champs, où son soja a littéralement été étouffé. Tous les herbicides se succèdent, mais rien n’en vient vraiment à bout. Alors, cet été, une armée de journaliers a désherbé à la houe les champs de coton dans tout le sud-est des Etats-Unis, du jamais-vu depuis les années 1960. Mais les champs ne restent propres que quelques semaines et l’amarante revient en force.

Vers un changement des pratiques ?

Face à ce fléau, nombre d’agriculteurs américains s’interrogent. Certains, bien trop habitués à ces pratiques « faciles » où même le labourage de la terre (une pratique naturelle pour lutter contre les mauvaises herbes et aérer la terre) n’est parfois plus utile, vont tenter l’expérience LibertyLink, un OGM de Bayer, le concurrent de Monsanto. Il fonctionne avec un herbicide différent, relativement efficace sur Amaranthus palmeri.

Mais quelques jeunes agriculteurs (encore peu nombreux) semblent aussi se laisser tenter par un retour aux semences conventionnelles. A noter que le coût exorbitant des semences OGM dont l’efficacité est de plus en plus contestée, n’est pas pour rien dans leur choix.

A méditer par les citoyens européens que nous sommes, alors que les lobbies OGM tentent de plus en plus vigoureusement de s’imposer sur notre continent.

4 commentaires

  • Anne dit :

    Je viens de découvrir « regardsurlemonde »… BRAVO !
    Très intéressant et en particulier pour ceux qui se préoccupent de leur avenir et de celui de leurs enfants. Ah si seulement la majorité pouvait ouvrir ses yeux au lieu de focaliser sur le fric, le fric et toujours le fric !

  • Deus dit :

    Voilà, enfin la nature réagit. Peut-être qu’un jour elle fera face à la stupidité humaine, s’il faut que je meure pour voir cela un jour, PAS DE PROBLÈME ! La nature, comme l’univers est vraiment intéressant. (Darwin)

  • Sertedi dit :

    J’adhère sur le fond mais il suffirait de relater les tels qu’ils sont parce que même avec la meilleure volonté du monde, la mauvaise herbe mutante qui résiste aux moissonneuses c’est pas de l’infos ni de la sensibilisation, c’est prendre les lecteurs pour des crétins écolos mais qui n’ont jamais approché une de ces machines agricole.

    Alors merci de pour le côté informatif concernant les mauvaises herbes dont seules les pousses ayant ce gène anormal, pour l’amarante habituelle, mais qui a permis la résistance aux traitements chimiques (sûrement le même gêne que les fabricants d’ogm avait modifié sur les semences destinées à être récoltées),
    mais faut arrêter d’appuyer ce côté gamin que l’on sent dans la rédaction, il ne manque qu’un « c’est bien fait pour les méchants fabricants d’ogm et pour les agriculteurs qui polluent » alors que finalement la réalité des choses c’est que seule une minorité de ces derniers reviendrai aux semences traditionnelles et la majorité ont juste changé de marque d’herbicide cette dernière fonctionnant sur la belle verte j’ai nommé l’herbe à cochon !

  • Sertedi dit :

    Sinon perso, je serais Bayer, fabricant d’ogm, mais subissant la concurrence d’un concurrent tel que Monsanto, beh une étude dans les labos histoire de repérer les gènes modifiés sur les OGM vendus aux agriculteurs. Il ne reste qu’a modifier les mêmes gènes sur cette héroïque mauvaise herbe qui résiste désormais à la méchante multinationale qui pense pas à la nature, bref ya plus qu’a remettre l’amarante OGM dans les champs, et Oh miracle le désherbant que je revends aux agriculteurs qui désormais font parti de mes clients ce désherbant qui (Oh mais par quel Miracle de la recherche Scientifique) fonctionne ! Si ça c’est pas un coup de bol parce que plus efficace qu’un désherbant « total » du concurrent c’est fort … bref je pense pas qu’ils sont moins inventifs que moi du côté de chez Bayer surtout vu les moyens disponibles et le marché à conquérir …

    Bref les biochimistes s’éclatent a donf chez les ricains !

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